Entre 2020 et 2025, l’Office national des forêts (ONF) en Auvergne-Rhône-Alpes, avec l’appui de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, a mené un programme ambitieux pour renforcer la biodiversité dans les forêts publiques : « Trame turquoise et vieux bois ». Arrivé à son terme, ce projet laisse derrière lui des outils concrets et une évolution durable des pratiques de gestion.
Consolider la trame de vieux bois à proximité de l’eau
Au cœur de l’initiative : la préservation des vieux arbres et du bois mort, éléments essentiels à l’équilibre des écosystèmes forestiers. Cette « trame de vieux bois » joue un rôle clé pour de nombreuses espèces dépendantes d’arbres matures, de cavités ou de microhabitats spécifiques.
Le projet a concentré ses efforts sur les forêts situées le long des cours d’eau, dans les zones humides et les milieux aquatiques — un ensemble désigné sous le terme de « trame turquoise ». Dans ces espaces, les enjeux de continuité écologique sont particulièrement sensibles, à l’interface entre milieux terrestres et aquatiques.
Selon la coordinatrice Mireille Schaeffer, l’objectif était clair : dépasser les expérimentations ponctuelles pour inscrire des actions tangibles et mesurables dans la gestion courante des forêts.
Près de 2 000 hectares confortés en libre évolution
Un axe structurant du programme a consisté à identifier des surfaces forestières déjà peu exploitées afin de sécuriser leur devenir en libre évolution. Il ne s’agissait pas de soustraire de nouvelles parcelles à la production, mais de reconnaître officiellement, dans les documents d’aménagement, des secteurs à maturité avancée.
Au terme d’un travail cartographique et d’échanges avec les équipes locales, près de 2 000 hectares ont été retenus, dont environ 1 500 hectares boisés classés en « hors sylviculture en libre évolution » (HSNLE). Cette clarification statutaire favorise une meilleure appropriation de la démarche par les aménagistes et les collectivités propriétaires.
Des arbres-habitats mieux identifiés et suivis
Autre avancée majeure : la structuration du suivi des arbres-habitats — ces arbres vivants ou morts présentant cavités, fissures ou bois mort, indispensables à de nombreuses espèces.
Une base de données régionale a été mise en place pour centraliser leur recensement dans les forêts publiques d’Auvergne-Rhône-Alpes. Elle comptabilise aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’arbres et permet de mesurer l’atteinte de l’objectif fixé par l’ONF : trois arbres-habitats en moyenne par hectare.
Intégrée aux pratiques de gestion et actualisée régulièrement, cette base constitue désormais un véritable outil de pilotage et de valorisation du travail de terrain.
Former et outiller les gestionnaires
Pour accompagner ces évolutions, deux clés d’aide à la décision ont été élaborées : l’une pour repérer les secteurs à placer en libre évolution, l’autre pour sélectionner et conserver les arbres-habitats lors des opérations de martelage. Disponibles en versions synthétiques et détaillées, elles sont conçues pour un usage opérationnel, tant en phase de planification qu’en intervention sur le terrain.
Cinq sessions de formation-action ont également été organisées en conditions réelles dans plusieurs départements de la région. Agents forestiers et partenaires impliqués dans la gestion des milieux aquatiques et humides ont pu confronter leurs approches. Des dispositifs pédagogiques spécifiques, comme ceux de La Motte-Servolex, ont favorisé le croisement des regards entre forestiers et gestionnaires de l’eau.
Un socle durable pour la biodiversité
Les actions menées ciblent principalement les ripisylves, les forêts humides et les forêts de plaine en bord de cours d’eau. Elles bénéficient notamment à des espèces dépendantes à la fois des écosystèmes forestiers et aquatiques, telles que les amphibiens ou les chauves-souris, pour lesquelles la présence de bois mort et de peuplements matures est déterminante.
Si le programme « Trame turquoise et vieux bois » s’achève, ses acquis s’inscrivent dans le temps long. Outils d’aide à la décision, surfaces sécurisées en libre évolution, base de données des arbres-habitats : autant d’éléments qui renforcent l’intégration de la biodiversité dans la gestion des forêts publiques et structurent une approche plus écologique et résiliente de la sylviculture.
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