Le changement climatique bouleverse profondément les équilibres forestiers en France. Sécheresses répétées, hausse des températures, développement de parasites et multiplication des incendies fragilisent durablement les peuplements. Depuis 2018, plus de 300 000 hectares de forêts publiques ont subi une mortalité exceptionnelle, soit l’équivalent de trente fois la surface de Paris. À l’horizon 2075, la moitié des forêts françaises pourrait avoir profondément changé d’aspect.
Toutes les régions sont concernées, aussi bien les forêts feuillues que résineuses. Des essences emblématiques comme le hêtre, l’épicéa, le chêne ou encore le sapin montrent des signes de dépérissement préoccupants. Dans certains massifs, jusqu’à 40 % des bois récoltés chaque année sont issus d’arbres affaiblis. Face à cette situation inédite, l’Office national des forêts (ONF) adapte en profondeur ses pratiques pour renforcer la résilience des forêts publiques.
La forêt mosaïque : diversifier pour mieux résister
L’une des principales réponses mises en œuvre repose sur le concept de « forêt mosaïque ». Cette approche vise à diversifier les essences, les structures forestières et les modes de gestion afin de limiter les risques liés aux aléas climatiques. Lorsque cela reste possible, la régénération naturelle est privilégiée, mais elle est désormais complétée par des plantations ciblées d’espèces mieux adaptées aux conditions futures.
Les forestiers s’appuient également sur des outils scientifiques pour anticiper l’évolution du climat et orienter leurs choix sylvicoles. L’objectif est de construire dès aujourd’hui des forêts capables de supporter les contraintes de demain.
Expérimenter pour préparer la forêt de demain
Pour tester de nouvelles solutions, l’ONF développe des dispositifs expérimentaux appelés « îlots d’avenir ». Ces parcelles pilotes accueillent des essences provenant de régions plus méridionales ou d’autres pays, susceptibles de mieux résister à la chaleur et à la sécheresse. Suivies sur le long terme, elles permettront d’éclairer les choix futurs en matière de reboisement.
Parallèlement, des programmes de migration assistée visent à introduire progressivement des arbres issus de zones climatiques plus chaudes afin d’anticiper les évolutions à venir, tout en limitant les impacts sur la biodiversité locale.
Restaurer l’équilibre entre forêt et gibier
La réussite de ces plantations dépend également du contrôle des populations de grands ongulés. Cerfs, chevreuils et sangliers consomment une grande partie des jeunes pousses, compromettant la régénération forestière. Près de la moitié des forêts domaniales sont aujourd’hui en déséquilibre. L’ONF agit donc en lien avec les chasseurs pour ajuster les prélèvements et préserver la capacité de renouvellement des massifs.
Préserver les sols et la biodiversité
Enfin, l’adaptation passe par la protection des sols forestiers, véritables réservoirs de carbone, et par le maintien d’une biodiversité riche. Cela se traduit par des pratiques d’exploitation plus respectueuses, le développement de réserves biologiques et la création de zones de protection renforcée. Ces espaces jouent un rôle clé dans la résilience globale des écosystèmes.
Face à l’ampleur du défi climatique, l’ONF appelle à agir sans attendre. Dans un contexte incertain, l’inaction représenterait le plus grand risque pour l’avenir des forêts françaises.
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